Choniques [...] : Chapitre premier...
Chapitre premier
« Je souhaiterais que tout ceci ne faut jamais… Vivre bercé d’illusions a au moins l’avantage d’être épargné… Depuis que je suis enfant, ma vie n’est que malheur… Ma mère est morte… Assassinée sous mes yeux…»
L’image furtive d’une femme brune gisant au sol et baignant dans son sang lui apparut.
« Mon père est toujours vivant… Je le tuerais… J’avais un frère… »
Deux sabres dont les lames étincelaient s’entrechoquèrent sous ses yeux.
« Lui aussi a disparu… Probablement mort… Mon père et mon frère m’ont trahie… Je les aimais… Je les hais… Tout comme leur peuple… Ces lâches et prétentieux Argones… »
La gamine leva alors la tête vers elle et elle reconnut son propre visage d’adolescente, peint d’un maquillage de sang.
« Mon père… Mon frère… Mon peuple… »
Une terrible lueur s’alluma dans les yeux de la gamine, soudain rouge sang.
« JE LES HAIS TOUS ! »
Elle se réveilla en sursaut. Ce rêve… Encore et toujours ce rêve… Toutes les nuits, il revenait, inlassablement. Cela faisait dix ans. Dix ans qu’elle recherchait cet assassin. Celui qui lui avait pris sa mère, onze années auparavant. Sa vie avait basculé ce même jour. Elle n’était
alors âgée que douze ans.
Elle rejeta ses longs cheveux noirs en arrière, se leva et replaça son chapeau à larges bords, noir également. Comme tous ses habits… La seule couleur qu’on pouvait trouver chez elle était le violet de ses yeux. Des yeux froids comme de la glace.
La rue sombre était déserte. La nuit devait être déjà bien avancée. Elle empoigna son sac et s’engagea dans une ruelle adjacente. C’est alors qu’une voix l’interpella dans son dos :
- Hey, poupée ! T’es toute seule ?
Elle se retourna, mais ne vit que l’obscurité. Une deuxième voix s’éleva :
- C’est pas prudent pour une jolie jeune fille de se promener seule à cette heure de la nuit…
Deux hommes s’avancèrent dans la clarté de la lune. Tous deux grands et baraqués, un sourire mauvais aux lèvres.
- C’est quoi ton p’tit nom ?
- … Mon nom ne vous regarde aucunement.
- Oh, mais ‘faut pas répondre comme ça à quelqu’un de plus fort que toi, ma mignonne, surtout quand tu es sans personne pour te protéger…
- C’est vous qui auriez besoin d’une telle personne, car vous êtes loin d’être plus fort que moi.
- Quoi ?! Qui es-tu pour m’insulter de la sorte ?
-Vous insulter ? Je ne fais que constater le fait.
-Sale garce !
L’homme se rua sur elle, mais alors qu’il s’apprêtait à la frapper, elle le contourna à une vitesse prodigieuse et lui appuya un canon de 357 Magnum contre l’échine. Elle souffla à son oreille.
- Un mouvement et j’appuie sur la détente…
Le deuxième homme, qui s’était approché en douce, saisit la main dans laquelle elle tenait son arme.
- Recule et pose ton arme, dit-il, triomphant.
- Te réjouis pas trop vite.
Un coup de feu résonna. L’homme s’écroula, la jambe gauche transpercée par la balle. La jeune femme recula lentement, tenant ses agresseurs sous la menace de deux revolvers.
- À présent, je vais vous donner un conseil : de nuit comme de jour, ne cherchez pas les grands fauves. C’est fatal.
Deux autres coups de feu percèrent la nuit calme. Elle rengaina ses armes et s’appuya contre le mur. Elle sortit une cigarette et l’alluma en regardant le sang se répandre lentement sous les deux corps inertes, étendus en travers de la rue.