Nous démarrons donc une nouvelle histoire ensemble.
Attention, z'êtes prêts... ?
Votre Démone angélique est de retour...
Robyne.
Neige...
C’est ainsi que tout le monde l’appelait sur le navire. Mais j’appris plus tard que son véritable nom était Alejandra De Santiare, une espagnole. Sa mère était morte en la mettant au monde et son père, alcoolique, l’avait abandonnée presque aussitôt. Elle avait été recueillie par une prostituée par le plus grand des mystères, celle-ci ayant pris demeure quelques années plus tard sur l’île de Tortuga, perdue dans la mer des Caraïbes. Le royaume des pirates...
Et c’est ainsi que Neige avait débarqué dans ce monde impitoyable qu’est la piraterie. Elle aurait du finir prostituée comme sa nourrice, mais dès qu’elle fut en âge de pouvoir le décider, elle rejeta cette possibilité et se fit rapidement respecter des hommes. Personne, même pas moi, ne sut jamais quand et comment elle apprit à se servir aussi bien d’un sabre que d’un pistolet ou de toute autre arme dont se servent les pirates. À seulement neuf ans, elle avait pris sous ses ordres tous les gamins qui traînaient sur l’île, fils de pirates ou de prostituées. Je n’en faisais pas partie, je n’ai rencontré Neige que bien plus tard.
Son surnom lui vint de sa manie de toujours se coiffer d’un foulard blanc. Le premier à l’appeler ainsi fut un capitaine de passage. Elle était alors âgée de seulement quatre ans et c’était la première fois que quelqu’un lui donnait un nom. Même sa nourrice ne lui en avait pas trouvé. Ce capitaine fut d’ailleurs victime d’une mutinerie et abandonné sur une île quelques mois plus tard, mais cela importe peu pour la suite de l’histoire. Tant en est que ce surnom la suivit tout au long de sa vie.
Son enfance fut ponctuée de tentatives plus ou moins fructueuses pour bâtir un navire. Mais quand on est un enfant et qu’on ne peut se procurer de bons matériaux, il est difficile de construire une embarcation digne de ce nom et Neige fut repêcher un nombre incalculable de fois. Cela ne l’empêchait pas de rêver d’embarquer un jour sur un navire et d’en devenir le capitaine. Rêve dont les pirates aimaient se moquer : une femme capitaine, quelle idée ! Mais Neige n’en démordait pas...
C’est à quinze ans qu’elle connu Ned Thompson, capitaine du sloop « Le Gardien », et pirate redouté de par toute la mer des Caraïbes. Contre toute attente, c’est sous ses ordres que Neige embarqua pour la première fois et elle fut nommée second du capitaine, allez savoir pourquoi... La nouvelle fit sensation sur Tortuga.
Quelques mois plus tard, un jeune pirate du nom de Jack Sparrow embarquait sur ce même sloop. C’était moi. À dix-sept ans, je prenais la mer presque clandestinement. C’est à partir de cet épisode que commence l’histoire d’une jeune femme exceptionnelle, Alejandra De Santiare, un pirate appelée Neige.

Hope est seule.
Hope est belle.
Hope est fragile.
Fragile de son nom trop dur à porter. Ce nom qui fait sourire et vivre des milliers de gens, mais qui la fait doucement mourir. Ce n’est pourtant qu’un nom. Mais ses épaules trop frêles ne savent pas le soutenir.
Seule, elle s’assoit dans cet immense champ de blé. Pour regarder les épis onduler et écouter la mélodie du vent. Elle vient tous les jours. Même quand il pleut.
Belle dans sa robe blanche si légère qui souligne les douces courbes dessinées par la maturité. Des courbes de femmes. Si délicate. Et ses cheveux de feu dansent sous la brise et essayent de cacher ses grands yeux verts, en forme d’amande. Vert, la couleur de l’Espoir.
Hope est pensive.
Hope est triste.
Hope est torturée.
Sa tête est trop pleine du malheur du monde. Elle pense aux souffrances des autres qui créent la sienne. Empathie. Trop fort pour être
compris.
Les larmes qui roulent tout doucement sur ses joues sont de la douleur à l’état de fusion. Elles font mal à quiconque les voit. Parce qu’elle sont plus belles et plus malheureuses que les larmes de milliers d’enfants.
Partagée entre son désir d’aider les autres et son immobilité, elle a peur. Parce qu’elle ne peut rien faire et se sent impuissante. Parce qu’il est impossible d’aider tout le monde et qu’elle le sait mieux que personne.
Hope espère.
Hope attend.
Hope ne vit pas.
Elle se sent perdue, portée par la marée. Elle est chavirée, dans son cœur trop fragile et pourtant si grand. Son espoir à elle est
mort-né.
En tortillant les épis de blé entre ses longs doigts fins, elle regarde la course des nuages et attend que vienne enfin le jour où elle pourra partir sans regrets. Le jour où on viendra la chercher, pour panser les blessures de son cœur. Et la libérer des souffrances des autres qui l’accablent.
Et assise dans son champ de blé, elle est morte. Sa peau si pâle n’en est que la triste preuve. Elle est morte d’avoir trop vécu. Pour les autres. Son cœur bat encore, le sang coule toujours dans ses veines, les larmes s’échappent toujours de ses yeux, mais elle est morte de l’intérieur.
Hope est muette.
Mais pas aveugle. Elle voit, devine toutes les souffrances mais ne peut pas les avouer. Les expliquer. Les comprendre.
Alors Hope gueule son désespoir au monde entier. Son silence est pire que tous les cris de guerre, de peur, d’amour. Et ses larmes sont ses paroles. Et les seules à les écouter sont les épis de blé.
Hope est la triste poupée au teint de porcelaine que la peine fait bouger et s’amuse à casser, à réparer, pour la casser encore.
A l’infini.
Préface
Aux Temps d’Avant, Shasuka, une planète lointaine, était verdoyante et fertile. Son Continent n’était alors peuplé que des Humains.
Mais ceux-ci prenaient sans modération sur les réserves naturelles de la planète et construisaient villes, usines et centrales comme bon leur semblait, sans se soucier de la pollution. Mais Shasuka s’épuisait.
En 2039, une crise économique frappa le Continent. Les grandes bourses s’écroulèrent et l’économie tomba en chute libre. Les entreprises subirent une sévère inflation et la famine toucha une grande partie de la population. Les salaires furent réduits au point de ne plus pouvoir subvenir aux besoins de la plupart des Humains. Des milliers de logements furent quittés, des métropoles entières furent abandonnées et les centrales se déchargèrent. La police, qui, tout comme l’armée, subit un énorme mouvement de désertion, ne put maîtriser une montée en flèche du taux de criminalité. Les agressions et les morts se multiplièrent. Cette désastreuse période de chaos n’était que les prémisses du sort qui attendait les Humains.
En 2052, alors que la population se remettait tant bien que mal de ces années difficiles, l’épuisement de la planète et la pollution engendrèrent une terrible catastrophe naturelle : un réchauffement violent de Shasuka. La sécheresse atteignit les régions les unes après les autres et seules quelques rares forêts subsistèrent. Le cours des plus grands fleuves fut interrompu et la majeure partie des lacs furent recouverts. La quasi-totalité de la population humaine disparut.
À la suite de ce triste épisode, apparut une multitude de peuples, tous différents et dotés de dons ou de pouvoirs surnaturels. Les Humains, la Race Inférieure, furent accusés de la perte de Shasuka, exclus et traités comme des parias. Les autres peuples s’associèrent afin de préserver le peu de nature qu’il restait sur la planète et se jurèrent une paix durable. Tous, sauf un : les Argones, une civilisation aux mœurs incompréhensibles. Chacun d’entre eux est doté d’un pouvoir unique en son genre. Ils sont supérieurs, haïs et craints des autres peuples.
Excepté l’un d’eux : les Juhans, leurs rivaux. Ceux-ci n’ont aucun pouvoir hors du commun, mais une grande capacité à apprendre, mémoriser et s’adapter à chaque type de combat. La famille qui domine ce peuple est le clan McKyle. Depuis des générations, l’aîné des enfants devient le nouveau chef de clan et prend la succession de la royauté. Lui et le roi Argone sont destinés à se haïr pour l’éternité.
2097, une « petite fille » devient le nouveau fléau de Shasuka. La Lionne fait son apparition...

Votre raison et votre passion sont le gouvernail et les voiles de votre âme qui navigue de port en port.
Si votre gouvernail ou vos voiles se brisent, vous ne pouvez qu'être balloté et aller à la dérive ou rester ancré au milieu de la mer.
Car la raison, régnant seule, est une force qui brise tout élan.
Et la passion, livrée à elle-même est une flamme qui se consume jusqu'à sa propre extinction.
Khalil Gibran,
auteur libanais du XIXe et XXe.
Imagine there's
no heaven,
It's easy if you try,
No hell below us,
Above us only sky,
Imagine all the people
living for today...
Imagine there's no countries,
It isnt hard to do,
Nothing to kill or die for,
And No religion too,
Imagine all the people
living life in peace...
You may say I'm a dreamer
But I'm not the only one
I hope someday you'll join us
And the world will live as one.
Imagine no possesions,
I wonder if you can,
No need for greed or hunger,
A brotherhood of man,
Imagine all the people
Sharing all the world...
You may say Im a dreamer,
but Im not the only one,
I hope some day you'll join us,
And the world will live as one.

Je ne pouvais pas ne pas en
parler.
Depuis 2003, au Darfour, région située à l’ouest du Soudan, une guerre civile fait des milliers de morts. A l’origine, ce conflit est d’ordre politique, mais il s’est rapidement transformé en guerre des ressources, elle-même accompagnée de ce qui est appelé un « nettoyage ethnique ».
Les combattants qui attaquent sans pitié les civils sont les Janjawid, les « cavaliers de guerre », un groupe de mercenaires recrutés et soutenus par le gouvernement soudanais. Ils massacrent tout sur leur passage, hommes, femmes, enfants, sans aucune distinction. Ils en sont même rendus à attaquer les villages de réfugiés au Tchad, pays frontalier du Soudan.
Loin de se laisser faire, les civils s’organisent en groupe de rebelles, notamment la SLA et sont soutenus par des forces de paix venues de l’Union Africaine, mais c’est bien peu, et les militaires sont incapables de protéger les civils qui continuent d’être massacrés.
L’ONU tente depuis quelques temps d’envoyer des casques bleus, mais leurs essais sont sans cesse refoulés par le gouvernement.
Dans le monde entier, on parle de génocide, de crime contre l’humanité ou encore de nettoyage ethnique, mais aucune action concrète, exceptées de rares ONG, n’a encore pu être menée à bien.
Ce conflit ethnique ou guerre civile fait des milliers de morts injustifiées.
Les bilans parlent de plus de 200 000 morts, de plus de 250 000 réfugiés et de plus de 2 millions de personnes déplacées. Au pire de ce massacre, il y avait 10 000 personnes tuées en une journée.
Je me sens incroyablement concernée par ces événements, et j’ai le grand projet de partir aider les réfugiés d’ici quelques années, si le conflit ne se calme pas, ce que je n’espère pas.
Des artistes se sont réunis sur un album constitué de reprises du grand John Lennon, pacifiste et très investi dans les actions humanitaires, afin de récolter
des fonds pour l’ONG « Amnesty International » qui défend les droits humains et le respect de la DDH et qui tente tant bien que mal de venir en aide aux
civils.
Vous connaissez peut-être la "chanson-bannière" de cette action : "Working Class Hero", interprétée par Green Day.
Les artistes réunis sur ces deux CDs sont, entre autres, U2, Aerosmith, Black Eyed Peas, Avril Lavigne, Christina Aguilera, The Cure, Ben Harper, Snow Patrol et j'en passe...
J’ai acheté ce CD. Niveau son, il est génialissime.
Mais niveau cœur, il est tout simplement extraordinaire.
Il faut l’acheter. C’est nécessaire.

Je cours. Encore. Encore. Il faut que je coure.
Le vent et les herbes hautes fouettent mes jambes nues. Ma robe d’été rouge passion vole autour de moi. Mon souffle se perd. Tant pis. Je ne peux pas m’arrêter. Mon cœur bat trop vite. Pas à cause de la course, non.
Encore et encore. Cours.
Il n’y a plus de chemin pour y aller. Nous étions les seules à l’emprunter. Il s’est effacé. Avec Elle. J’accélère. Je manque de tomber, mes pieds se tordent sur le sol inégal. J’accélère. Je suis presque arrivée.
Ne pas reprendre son souffle. Je dois courir.
L’herbe se fait soudain rase. Je m’arrête un instant. Le vent est plus violent. Chargé de sel. La mer gronde. Le ciel est gris. Comme Ses yeux. Non, n’y pense pas. Je repars. Je descends la volée de marches à toute allure.
Toujours. Je dois courir. Encore.
Le sable ralentit à peine ma course folle. Je traverse la plage et cours le long de la grève. L’eau éclabousse ma robe. Le sel tiraille les éraflures sur mes jambes. Tant pis. Elle n’est pas là, je ne La vois pas. Elle n’est pas là.
Ne t’arrête plus. Cours.
La plage est longue, mais je ne la vois pas passer. Deux fois sa longueur sans aucun signe d’Elle. Où est-Elle ? Non. Je n’ai pas pu La perdre. Je m’arrête. Brusquement. Assez pour m’enfoncer dans le sable mouillé jusqu’aux chevilles.
Mes jambes tremblent. Ma poitrine se soulève par à coups. Mon souffle ne revient pas. Ou difficilement.
Où est-Elle ?
Ils me L’ont prise. Ils L’ont emmenée. Ils ne voulaient pas. C’est pour ça que nous venions ici. Où il n’y a personne. Parce qu’on s’aimait. Et que les autres ne le comprenaient pas.
Pourquoi… ?
Comprenant, à contrecœur, à contre-âme, à contre-tête, à contre-corps, je ne La reverrais pas. Alors j’hurle. Contre la mer. Contre le vent. Contre le monde entier. Contre tout. J’hurle à m’en déchirer la gorge. Et ça fait tellement mal que mes larmes coulent sans que je ne leur ai rien demandé.
Reviens.
J’ai mal. Au corps et au cœur. J’ai mal. Elle ne reviendra pas. Elle ne reviendra plus.
Alors, porté par le vent, j’entends son murmure.
« Ne m’oublie pas… »
Je me tais.
Il n’y a rien à faire.
Et je n’ai plus de voix.
Je n’en aurais plus jamais.
Alors je cours.
Reviens.
C'que vous m'dites